Les présences

Stéphane

2008 fut une période sombre pour Stéphane. Stéphane, Stef pour les intimes, et Stef pour tout les autres aussi en fait, fut séduit par la tektonik. L'ivresse de la danse s'empara de lui sans pitié. Stef, sur le dancefloor qu'était devenu la cour de récréation, distillait sans retenue ses mouvements appris la nuit précédente après moult visionnage de vidéos Dailymotion. Il brassait l'air de ses bras maigrelets comme si sa vie en dépendait. "Stef, cesse-donc de te moquer de Thomas, et concentre-toi sur Madame Bovary." lui dit un jour son professeur de français. Le pauvre Thomas, épileptique et mal-aimé de la classe (car les adolescents sont méchants comme des alcooliques en sevrage), raconta cette histoire a de nombreuses reprises a ses différents psychologues. Stéphane, loin de réaliser le ridicule de la situation, tel un ivrogne qui ne comprend pas pourquoi tout le monde semble rire doucement autour de lui, s'entêtait dans son obsession. Avec l'énergie et le discernement d'un enfant de cinq ans qui vient de siffler une vodka-redbull après sa sieste, il séchait désormais les cours pour danser jusqu'à plus soif. Tout son argent de poche passait en gel pour cheveux, en basket et en t-shirt moulant. Pas un centime pour une bière ou un billard avec les copains.

À force de mouvements alambiqués, Stéphane finit un jour par se nouer les membres de manière si inextricable qu'il dut attendre ses parents pour le délivrer. Monsieur et Madame ses parents, prenant conscience de l'ampleur du problème, envoyèrent leur fils en cure de désintoxication. Stéphane en sortit juste à temps pour assister à l'avènement du jumpstyle.